Paris, place financière en manque d’influence a sein de l’union européenne ?

by Véronique Queffélec on juin 19, 2015

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Comment font les places financières les plus influentes pour l’être et le rester ? De quoi pourrions nous nous inspirer ?

« (…) Au risque de paraître iconoclaste ou mentalement triviale pour refaire de Paris une place influente considérons la comme un “magasin” auquel quatre axes s’imposeraient :

- développer le marché primaire - un magasin bien achalandé ;

- développer l’épargne individuelle directe en actions - un magasin fréquenté ;

- restaurer l’image de la France en matière boursière et financière - un magasin connu ;

- influencer, défendre ses intérêts - un magasin sécurisé.

Les places influentes offrent une sécurisation et une innovation sans cesse renouvelées. Chaque année, chacune accueille plus de valeurs qu’elle n’en perd. Elles travaillent le “branding” et le marketing pour faire de leur nom (Londres, New-York et aujourd’hui Bombay) une évidence pour les investisseurs. Elles s’imposent dans les instances nationales, régionales, internationales. (…). ».

Quelles actions le nouveau Haut comité juridique de la place financière de Paris peut-il mener pour être influent ?

« ”Nous ne jouons pas quand l’arbitre change les règles au milieu de la partie”. Cette remarque de grands fonds d’investissement américains lassés de l’imprévisibilité française résume partiellement la désaffection de la place parisienne.

Le Haut comité juridique de la place financière de Paris doit s’entourer de professionnels de l’influence pour peser significativement. Il ne s’agit à aucun instant de se substituer aux acteurs de la place mais de les accompagner avec des véhicules pertinents qu’ils ne maitrisent pas. Tout comme leurs avocats les guident dans certains de leurs choix ou leurs orientations. Ainsi font les grandes places financières. Le Bombay Stock Exchange inaugure depuis peu, avec succès, l’exercice. (…) ».

“Nous ne jouons pas quand l’arbitre change les règles au milieu de la partie”. Cette remarque de grands fonds d’investissement américains lassés de l’imprévisibilité  française (rétroactivité des lois fiscales, modifications législatives à répétition, risque social  réel inconnu -car non évaluable- résume partiellement la désaffection de la place parisienne.  Le plan de compétitivité Gallois étonnamment leur semblait prometteur. Tel un symbole de nouvelles bases juridiques pertinentes, ou l’amorce de fin de l’illisibilité du marché financier français. Son abandon, que nous situons précisément à l’époque de l’ouragan Sandy, a clairement sonné le glas de leur intérêt hexagonal, ainsi que celui d’investisseurs  d’autres pays.

Nous nous abstiendrons de réitérer la litanie des diverses réformes fiscales, sociales à mener. Cet exercice n’aurait aucune valeur ajoutée. Elles sont connues et ont fait l’objet de colloques, rapports, articles. Leur mise en musique rapide est néanmoins impérative. Les récentes lois trop timorées ne sauraient suffire.

Paris place financière apparaît de faible influence au sein de l’Union Européenne mais aussi à l’échelon mondial. Les places financières les plus influentes pour l’être et le rester ont chacune leur propres recettes, leurs atouts, leurs spécificités mais les ingrédients fondamentaux demeurent identiques. La prime va ensuite au leader. Ce statut demande à la fois une sécurisation et une innovation sans cesse renouvelées.  Ce que Paris n’a pas. Au risque de paraître iconoclaste ou mentalement triviale pour refaire de Paris une place influente considérons la comme un “magasin” auquel quatre axes s’imposeraient :

1 - Développer le marché primaire - un magasin bien achalandé-

Il n’existe pas de place boursière et donc financière influente qui n’accueille chaque année plus de valeurs qu’elle n’en perd. Or, le solde à Paris est négatif depuis des années et une cote abritant moins de mille valeurs, est insuffisamment importante pour constituer une place boursière de référence. Les entreprises françaises se financent encore trop par le crédit et pas assez par le marché. C’est  incontestablement le nombre de valeurs et  évidemment la qualité  (ces deux  caractéristiques devraient aller de pair) qui font l’attractivité d’une place financière.

Instaurer une vraie politique commerciale, avec l’objectif de recruter au moins cent nouvelles valeurs en moyenne par an apparait comme l’un des critères fondamentaux pour attirer l’attention des investisseurs. Les règles du jeu susmentionnées doivent inévitablement être revues et clairement déterminées. Multiplier les banques d’investissement capables de garantir un collatéral de financement est une nécessité.

Ne pourrait-on également orienter une partie des 1.300 milliards de l’assurance vie vers le capital des grands groupes Français?

La méfiance culturelle des fonds de pension mériterait diverses actions d’influence. Cet “instrument” reconsidéré par les pouvoirs politiques qui en donnerait l’impulsion serait un bon moyen de retrouver des liquidités financières sur la place de Paris.

Créer sans doute une nouvelle bourse, purement Française, concurrente d’Euronext pourrait apporter une stimulation et une innovation dynamisantes. Toutes les grandes nations en ont plusieurs.

2 - Développer l’épargne individuelle directe en actions -un magasin fréquenté-

En dix ans, le nombre d’actionnaires directs en France (estimé alors à cinq/ six  millions) a fondu de moitié. L’épargne en actions est trop souvent collective. Car les français ont une aversion au risque qui cependant fait partie inhérente des marchés financiers. Il serait légitime pour tempérer cette prévention de pouvoir imputer plus largement les pertes boursières que les particuliers subissent sur le revenu global au même titre que les plus values sont taxées.

Le tissu économique et principalement les PME, ETI et entreprises innovantes doivent pouvoir s’appuyer sur des investisseurs nombreux et à leur dimension pour financer leurs développements, comme cela se passe aux Etats-Unis, où une grande entreprise aussi bien qu’un supermarché peuvent ainsi se financer.

L’épargne particulièrement  importante en France devrait être davantage orientée vers le financement de notre économie. Pas uniquement en direction des entreprises  du CAC 40 mais aussi de celle des entreprises de demain, les Google ou entreprises innovantes françaises qui faute de relais de croissance cherchent des investisseurs étrangers. Etrangers, qui souvent tels des prédateurs les absorbent. Puis des plus petites qui faute de financement se voit contraintes à un état végétatif et parfois à la fermeture. Les entreprises du CAC sont détenues en majeure partie par des investisseurs étrangers et la France ne “câline” pas suffisamment ses PME, ETI pourtant génératrices d’emplois.

L’objectif peut être atteint par une politique fiscale et sociale plus affirmée, mais également par une action pédagogique pour que les épargnants connaissent mieux le fonctionnement des marchés et leur intérêt. Les élites souvent de culture trop bancaire ne sauraient échapper à ce courant d’influence.

3 - Restaurer l’image de la France en matière boursière et financière -un magasin connu-

Pour rendre la place de Paris attractive il conviendrait également de travailler le “branding” et le marketing.  Avant tout avoir un nom, une référence qui reprenne clairement le mot “Paris”. L’un des critères fondamentaux de l’influence est le lien, l’évidence. Or le mot Paris a disparu des radars vocaux  visuels et donc sans doute psychologiques de trop nombreux investisseurs.

Recréer tout l’écosystème: analystes indépendants, intermédiaires plus nombreux dont intermédiaires de proximité; libéraliser les  sociétés de bourse captives des banques, à l’image de ce qui se passe dans d’autres places financières de premier ordre, participerait aussi à ce plan global.

Ne pourrait-on orienter comme le fait l’Angleterre les financements? En demandant des rapports objectifs indépendants sur lesquels s’appuyer pour vanter les mérites du “pourquoi investir en France”.

4- Influencer, défendre ses intérêts -un magasin sécurisé-

Bien évidemment les réformes fiscales, commerciales et sociales (notamment droit du travail) doivent être considérées de prime abord.

Pour initier et mener à bien ces réformes une action constante, structurée de lobbying conduite par des professionnels de l’influence et non par les représentants des professions de la place financière s’impose, en France, en Europe et dans les instances internationales. Il ne s’agit à aucun instant de se substituer aux acteurs de la place mais de les accompagner avec des véhicules pertinents qu’ils ne maitrisent pas. Tout comme leurs avocats les guident dans certains de leurs choix ou leurs orientations. Ainsi font les grandes places financières. Le Bombay Stock Exchange inaugure depuis peu, avec succès, l’exercice.

Le Haut comité juridique de la place financière de Paris doit s’entourer aussi de professionnels de l’influence pour peser significativement.

La structure des banques est en cours de discussion à Bruxelles.  La position divergente entre le Conseil et les parlementaires mériterait une action urgente menée par des lobbyistes non pro domo. Le feuilleton de la  Taxe sur les Transactions Financières (TTFE) se poursuit, il pourrait mettre à mal les PME Françaises. Les représentants Français au Parlement Européens (Députés) ne semblent pas réellement mobilisés sur ce dossier. Il leur faudrait des appuis notamment sous forme d’expertise extérieure.

Des mesures choc et rapides sont donc indispensables, car l’influence de Paris est mise à mal par la proximité de Londres et le développement de Francfort.  A terme, c’est l’existence même d’un marché financier efficient en France qui est désormais posée. Au delà de l’impact sur notre économie, les entreprises françaises iront se financer ailleurs.  Il s’agit aussi de prendre conscience d’un enjeu  de souveraineté.