Charlie Hebdo: le meurtre Symbolique

by Véronique Queffélec on janvier 15, 2015

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Aucun attentat terroriste dans le monde n’a eu cet impact et cette mobilisation. Le 11 Septembre avait médusé le monde entier  pris par surprise. Les fondamentaux du capitalisme et de la toute puissance Américaine avec l’effondrement des tours jumelles étaient ébranlés. C’était une première. Mais aucun n’a eu l’impact de celui de “Charlie Hebdo”.
Les terroristes souhaitaient éliminer ceux qui ridiculisent le prophète mais ne mesuraient pas l’impact symbolique et fort de leur geste. Ils ont attaqué ce que la France, l’Europe et l’Occident ont de plus précieux la liberté, qui passe par la liberté d’expression, le droit à la dérision à l’impertinence, le droit au combien paradoxal d’être iconoclaste au nom de la liberté.

Hara Kiri et son « fils »  Charlie Hebdo sont les enfants de l’après-guerre, puis de Mai 68. Le symbole de la légèreté, de l’insouciance d’une génération qui narguait les forces de l’ordre une rose à la main. Une génération où tout était possible les femmes ont pu avoir et gérer leur propre compte en banque (1965) la loi Neuwith autorisant la contraception etc…

Charlie Hebdo bravait les interdits. Par la sagacité de ses caricatures faisait voler en éclat d’un coup de plume les travers ou supposés tels (selon leurs propres critères) de la société, de l’ordre social, sociétal, familial, politique, religieux ou ethnique.

Dimanche 11 janvier 2015, les enfants de Mai 68, les enfants de « Charlie Hebdo » et du « Canard enchainé » ont perdu leurs repères. On a assassiné leur « doudou », déchiqueté ; massacré le symbole de leur jeunesse, de leur vie, de leurs certitudes. Ils ont grandi, le monde a changé, ils l’ont occulté. A présent l’alternative est le deuil, deuil collectif. Le choc est d’autant plus grand que l’on pense toujours son « doudou » immortel. Mais ils n’en n’ont pas d’autre.

Ceux qui étaient réunis dimanche ne lisaient pas nécessairement « Charlie Hebdo », ne partageait pas toujours son opinion. Ils avaient néanmoins en commun un socle collectif. Celui des valeurs de la France qui se peut se moquer de tout et être, iconoclaste dans l’esprit de Voltaire par simple jeu intellectuel et sociétal. La transgression des soixante-huitards devenus bobos, votant socialistes car voter à droite n’est pas dans leur logique. Voter à gauche signifie être libre. La droite apparaissant comme castratrice, privative de liberté, trop structurée. Cette transgression se heurte au mur de l’horreur.

Tout a changé, c’était un enterrement collectif, un deuil d’autant plus violent que ces germanopratins qui continuent à vouloir donner des leçons de liberté au monde entier et à diffuser leurs certitudes d’une autre époque n’ont rien vu arriver. Leur modèle est mort et même si « Charlie Hebdo » revit et continue rien ne sera plus jamais comme avant. La mort symbolique en psychanalyse est plus violente et plus forte que la mort physique.

Dimanche était une cérémonie de deuil. Tous étaient représentés : grands-parents, parents, les enfants, les petits-enfants, comme pour un deuil familial. Certains n’ont pas connu cette période, qui prolongeait les 30 glorieuses, symbole d’une économie flamboyante, d’une insouciance, d’un développement industriel, d’une France référence mondiale à tous égards.

Ceux là même qui ont favorisé avec leurs idées généreuses l’immigration sont morts de la main de ceux qu’ils souhaitaient intégrer.Accueillant les étrangers en France, terre de Liberté ; leur offrant notre système scolaire, l’éducation gratuite pour leurs enfants avec l’Ecole de la République. Un système de soins, l’un des meilleurs au monde, des logements, du travail. Si la plupart s’est intégrée. Une partie n’a pas accepté l’essence même de la France : la liberté de chacun, la dérision. Parce que la transgression échappe à leur fondamentaux.

Concernant l’attentat de l’épicerie cacher, l’émotion a été grande mais elle est d’une autre nature. Si il n’y avait eu que cet attentat, la mobilisation n’aurait pas été si grande dimanche.
La communauté Juive de France se sent en danger la communauté musulmane aussi. Mais nous “sommes tous Français”.