Ethique et affaires publiques dans le secteur de la santé

by Véronique Queffélec on avril 12, 2010

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Les affaires publiques consistant à interagir avec l’environnement institutionnel pour la défense d’intérêts identifiés (pas uniquement privés d’ailleurs), la santé s’impose comme un des champs privilégiés pour des interventions de ce type. Au carrefour de l’humain et de l’économique (avec les questions de pris en charge notamment), le secteur de la santé est en effet l’objet d’une régulation toujours plus dense et complexe et impose constamment débat, réflexion et prises de décisions. La dimension politique est ainsi omniprésente en santé.

Et, c’est parce que les décisions en matière de santé touchent aux questions d’équité, de solidarité, d’intérêt public et surtout à la vie des citoyens que l’éthique est d’autant plus importante dans ce domaine. En témoignent les codes et autres mesures de déontologie qui régissent depuis longtemps les pratiques médicales mais aussi, plus récemment, d’autres acteurs de la santé comme les industriels.

Les affaires publiques ont souvent eu mauvaise presse. Or, il faut d’emblée préciser qu’elles ne se résument pas uniquement au lobbying, et encore moins à la définition qui lui est appliquée en France de pratiques obscures et parfois douteuses. Le métier des affaires publiques consiste davantage à faire émerger des idées et des problématiques dans le débat public, ou auprès des décideurs publics, sur la base de réflexions et d’argumentaires solides. Par leur connaissance de l’environnement et leur maîtrise des enjeux spécifiques au secteur de la santé, ces relais vers l’opinion sont ainsi en mesure d’apporter aux acteurs publics – qui n’en ont pas toujours le temps ou les moyens - des informations, des éclairages voire des grilles de lecture et d’analyse utile pour alimenter la réflexion.

Avant tout, l’éthique relève d’un choix. Par exemple le cabinet de conseil Nextep, spécialisé dans les problématiques de santé, à décider d’en faire une de ses valeurs d’entreprise prioritaire. C’est ensuite un comportement qui implique d’adapter et d’orienter les méthodes de travail et d’influence dans ce sens. Mais c’est aussi la faculté de pouvoir dire « non » à ses commanditaires en cas de conflit d’intérêt ou de doute sur l’éthique de la démarche ou de l’objectif envisagé. S’il s’agit de promouvoir certaines idées ou positions, elles ne doivent pas forcement être exonérées de règles morales. Et il en va de la responsabilité et de la crédibilité des acteurs qui veulent continuer à pouvoir opérer dans ce domaine et de leur client.

Les réflexions qui ont débuté en France pour encadrer ce type d’activité, notamment au niveau du Parlement, doivent ainsi permettre de rétablir la confiance dans la démarche d’affaires publiques, avec notamment plus de transparence et la garantie de l’éviction totale des pratiques illégales. Plutôt que de les contraindre en les diabolisant, il s’agirait surtout de promouvoir, tout encadrant intelligemment les pratiques, afin que l’ensemble des intérêts puissent être entendus au mieux et ainsi assurer plus d’équité entre toutes les parties, et notamment pour celles qui sont aujourd’hui mal représentées.

Il nous semble que l’évolution de ce métier - particulièrement lorsque l’on touche au domaine émotionnel de la santé, où conflits d’intérêts déclarés, côtoient fréquemment fantasmes et théorie du complot - doit avant tout permettre à chacun d’accéder à une information de qualité et au débat afin in fine d’aboutir à des décisions publiques mieux éclairées, plus étayées et donc plus équilibrées. Le contexte économique et politique dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui de façon structurelle devrait nous y inviter ardemment !

Guillaume Bouchara est président de Nextep, cabinet de conseil, en anticipation, en stratégie et en influence spécialisé dans les problématiques de santé